Palais Montcalm

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Maison de la musique

23 janvier 2019

Du neuf dans les bagages de Harry Manx

Le journal de Nicolas Houle

Du neuf dans les bagages de Harry Manx

 

ENTREVUE — Harry Manx revient au Palais Montcalm, cette fois au terme de la tournée internationale de son album Faith Lift. Le bluesman canadien débarquera dans la salle Raoul-Jobin le 8 février 2019 avec bien sûr ses différents instruments, dont sa précieuse mohan veena, mais il aura aussi des surprises en prime et pas les moindres : de nouvelles chansons de son prochain projet intitulé The Manx Marriner Mainline.

Harry Manx profitera en effet de son passage à Québec pour renouer avec son complice de longue date, le chanteur, harmoniciste et guitariste maintes fois primé Steve Marriner (MonkeyJunk). Les deux hommes plongeront dans le blues et le gospel, sans perdre de vue les envolées folk ou world qu’affectionne Manx. Et comme l’artiste qui vit sur la côte ouest demeure jaloux de son indépendance, il revient sillonner la belle province à bord de sa mini-fourgonnette, devenue sa résidence secondaire. Avant de repartir sur la route, Manx a répondu à mes questions.


Nicolas Houle : Bonjour Harry! Vous revenez à Québec…

Harry Manx : Oui, j’attendais que la température soit belle et chaude pour revenir!

NH : Je ne suis pas certain que vous avez choisi le meilleur mois de l’année…

HM : Ha! Ha! Je ne viens qu’à l’hiver, mais un bon jour, je viendrai l’été. Je sais que l’hiver j’ai un public captif, les gens doivent entrer me voir. J’ai hâte!

 

 

NH : On vous retrouve donc juste après votre tournée avec un quatuor à cordes et votre nouveau projet, le Manx Marriner Mainline. Vous deviez initialement proposer un spectacle entièrement solo. C’est toujours ce que vous avez en tête?

HM : Non, ce sera un concert avec Steve Marriner. J’ai tellement hâte de jouer avec lui, car je l’ai rencontré la première fois quand il avait 16 ans [il en a désormais 35]. Il est venu à l’un de mes concerts avec son père et son père m’avait demandé s’il pouvait jouer avec moi. Je l’avais regardé et j’avais dit « c’est juste un gamin… C’est d’accord pour une chanson! » Il est venu jouer et il était tellement bon, le public l’adorait, alors je l’avais gardé sur scène toute la soirée. Par la suite, il a quitté l’école, avec la bénédiction de son père, et il est venu sur la route avec moi pendant environ 4 ans. C’étaient donc les débuts de Steve Marriner dans le milieu de la musique professionnelle… Par la suite, il a raflé tellement de prix, des Juno, des Maple Blues awards… (…) Il est devenu un acteur incontournable du monde blues.

NH : Il a effectivement tracé sa propre route, notamment avec son groupe de swamp roots rock MonkeyJunk. Mais comment en êtes-vous à renouer?

HM : Il y a deux ans, je lui ai dit « tu sais quoi? Toi et moi on devrait faire un album ensemble qui serait blues et gospel.» On était d’accord que ce serait bien et l’été dernier, on s’est finalement retrouvé à ma maison, à Salt Spring Island. J’ai un studio ici et on a fait cet enregistrement en quelques semaines. On était inspiré. On a tous les deux apporté trois chansons originales et on a repris de vieilles chansons gospel. Ça sonne vraiment bien. Holger Petersen, de l’émission Saturday Night Blues et de l’étiquette de disques Stony Plain nous a joints en disant qu’il avait entendu une chanson de l’album, que Steve lui avait fait entendre, et en ajoutant « je veux avoir cet album sur mon étiquette », alors on fera sortir ça sur Stony Plain [la date de parution reste à déterminer]. On a été invité aux Maple Blues Awards pour jouer une pièce du nouvel album qui s’appelle Nothing et, apparemment, c’est quelque chose! (…) Chaque fois que Steve joue avec moi, ça met de l’énergie dans mes concerts, car il est un joueur très dynamique. Il est très excitant. Les gens l’apprécient.

 

Harry Manx et Steve MarrinerHarry Manx et Steve Marriner

 

NH : Il y aura d’autres musiciens avec vous?

HM : Non, nous faisons ça à deux. Je joue de la batterie, Steve jouera de la guitare baryton et de l’harmonica et je jouerai de la guitare et un peu d’harmonica, même si j’ai tendance à ne pas sortir mon harmonica quand il est dans le coin!

NH : Il y a du blues et du gospel, mais de la folk aussi. En fait, il y a plusieurs couleurs. C’était un point important?

HM : Oui, je crois que tous les deux, on avait besoin de l’inspiration de l’autre à ce point de notre carrière. Ce n’est pas que je manque d’inspiration, mais j’ai fait tellement d’albums solo au fil des ans et Steve a fait plusieurs albums de MonkeyJunk. Parfois, c’est bon de changer de direction, juste pour apporter quelque chose de neuf en soi. […] Je me suis chargé de l’enregistrement, on a joué presque tous les instruments et on a fait la programmation.

NH : Je comprends que les pièces du Manx Marriner Mainline seront très présentes dans le spectacle, mais à cela s’ajouteront des incontournables de votre répertoire, j’imagine?

HM : Oui, absolument, car Steve connaît l’ensemble de mon répertoire après toutes ces années où nous avons joué ensemble. Je ne sais pas si l’on fera aussi des pièces de MonkeyJunk… Mais on fera certainement des pièces de mon répertoire et ces chansons de Manx Marriner Mainline. Je crois que c’est d’un grand intérêt pour les gens d’entendre ces pièces que nous avons faites ensemble.

NH : Vous venez armé de votre mohan veena, cet instrument à vingt cordes, sorte de croisement entre la guitare slide et le sitar. En plus de votre propre travail d’écriture, de composition et d’interprétation, cet instrument a joué un rôle-clé dans votre carrière, non?

HM : Absolument. Ça m’apporte de l’attention que je n’aurais peut-être pas autrement. Certaines personnes viennent aux concerts et tombent amoureuses de ce que je fais au banjo, mais la plupart ne seraient même pas venues si je n’avais pas été le gars qui joue de la mohan veena. J’adore l’instrument. Durant ces années que j’ai passées en Inde, j’ai développé un grand intérêt pour la mohan veena et je suis toujours très fier d’en jouer. Mais je fais d’autres trucs et la veena a ouvert des portes pour moi.

 

 

NH : La dernière fois que je vous avais parlé, vous étiez a bord de ce que j’ai envie d’appeler la Manx Mobile, votre maison sur quatre roues…

HM : Ha! Ha! Oui, tôt le matin, je me souviens bien!

NH : Vous continuez de voyager ainsi, dans ce véhicule qui vous permet aussi de dormir?

HM : Oui, j’ai laissé ma fourgonnette à Montréal avant d’aller en Europe, en novembre. À la fin d’octobre, je faisais un peu de concerts au Québec, donc je l’ai laissée là, je suis parti deux mois en Europe. Alors avant de repartir sur la route du Québec, je vais prendre l’avion, puis la reprendre. C’est tellement génial d’avoir ma maison sur quatre roues, je ne peux pas vous dire à quel point c’est une grande joie.

NH : C’est un aspect de votre carrière qui est fascinant pour le public et qui met en évidence la dimension nomade de votre métier…

HM : Le fait que quelqu’un fasse ça et vive ainsi ne leur a jamais effleuré l’esprit. Que quelqu’un voyage dans une fourgonnette artisanale comme ça et vive ainsi sur la route, c’est quelque chose de très différent de leur vie, de leur travail et c’est devenu quelque chose très intrigant et attrayant.

NH : Steve Marriner va voyager avec vous?

HM : Oui, mais je ne le laisse pas aller à l’arrière [où Manx a son lit, sa cuisine, ses meubles]! J’ai des règles! Et il ne peut pas conduire, il n’y a que moi qui conduis! Je suis le capitaine de ce bateau!

 

 

NH : Au printemps dernier, vous avez partagé une photo de votre rencontre avec Bruce Springsteen dans les réseaux sociaux. Ce ne devait pas être banal… Ça remonte à loin?

HM : Oui, ça remonte à plusieurs années; je l’ai rencontré à New York. Je jouais dans un concert hommage à Bruce. Après ma performance, il est venu en coulisses et m’a indiqué à quel point il avait apprécié ce que j’avais fait, puis il m’a invité à aller prendre un verre et j’y suis allé, en compagnie aussi de sa femme, Patti. On a eu une belle discussion, on a dû parler durant 45 minutes. De temps à autre, je me pinçais en me disant « Jésus! Je suis en train de jaser avec Bruce Springsteen! Qui suis-je? Ce gars-là est connu autour du monde et voici ce qui arrive. » Il était sincèrement intéressé à moi et à ce que je faisais. Ça démontre quelque chose de très intéressant à propos de lui. J’ai continué de penser à ça : ce gars n’a pas à s’asseoir avec moi, je suis un petit étang et il est un vaste océan, mais il s’est assis, a pris le temps et a écouté ce que j’avais à dire. J’ai été très impressionné à quel point il était une personne normale et humble. Idem avec sa femme, très simple. Ils sont assez brillants pour ne pas se perdre dans ce truc de célébrité et c’est peut-être pourquoi les gens adorent Bruce Springsteen : car il est simple, honnête.

NH : Votre récent séjour en Europe a aussi été propice à de belles rencontres?

HM : Vous savez, durant ces voyages, vous devez également aller dans des endroits où vous n’avez encore jamais joué. Parfois, vous réalisez que personne ne vous connaît. J’ai ainsi joué pour la première fois en Norvège. Pour l’un des spectacles, il y avait vraiment peu de gens, mais très enthousiastes, l’autre était complet, alors vous ne savez jamais ce que vous aurez. J’ai des gens qui me suivent en Angleterre. J’y suis allé souvent, j’ai joué partout en Angleterre et je suis allé en Allemagne pour la première fois. J’ai donné six concerts, là aussi complets, dont Berlin et Cologne. Alors vous vous habituez à ce que les gens vous connaissent au Canada, mais quand vous quittez le pays, parfois personne ne sait qui vous êtes! Ils disent Harry qui? Mais c’est correct. Quand vous y retournez, ils sont plus nombreux et la troisième fois, encore plus.

La suite de cet entretien se déroulera en personne, devant public, le 8 février 2019, à 19 h, à la salle D’Youville du Palais Montcalm. Réservez votre place et arrivez avant 18 h 45 pour la conserver. Harry Manx se produira ensuite dans la salle Raoul-Jobin, le 8 février, à 20 h.

 


Un texte de Nicolas Houle. Publié le 23 janvier 2019.

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