Palais Montcalm

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Maison de la musique

29 octobre 2018

Les rénovations musicales d’Holly Cole

Entrevue

Slid-Entrevue-Holly

 

Quand elle n’est pas sur scène, Holly Cole passe du temps à rénover une maison plus que centenaire, située sur la rive sud de la Nouvelle-Écosse. À première vue, cette aventure peut sembler fort éloignée de la musique, or l’artiste y voit des parentés avec ce qu’elle a réalisé avec des albums comme Don’t Smoke in Bed, Romantically Helpless ou son tout récent Holly : elle prend du matériel qui a résisté à l’usure de temps pour en créer du neuf.

C’est justement depuis les Maritimes que la chanteuse nous a accordé une entrevue. Entre deux réponses, elle s’est plu à rappeler qu’elle a une complicité particulière avec ses fans de Québec, un lien qu’elle compte continuer d’affermir lorsqu’elle sera sur les planches de la salle Raoul-Jobin le 3 novembre, entourée d’Aaron Davis (piano), de George Koller (bass/contrebasse), de Davide DiRenzo (batterie) et de John Johnson (anches).

 

Q : Vous travaillez toujours à rénover votre demeure située en Nouvelle-Écosse. Est-ce devenu votre autre passion, lorsque vous n’êtes pas sous les feux de la rampe?

R : Oui, c’est devenu ça! C’est amusant comment c’est arrivé. C’était il y a un an et demi. J’ai vu cette magnifique vieille maison, j’en suis tombée amoureuse et je me suis dit que ce serait génial de la rénover. C’est très vieux : elle date de 1847! Ç’a été un bureau de poste et, à l’origine, c’était une usine de barils. J’ai rencontré ce vieux pompier, à la retraite, et il m’a dit « Tu sais quoi, Holly Jean? Cette maison que tu as achetée, là, elle n’avait pas été bâtie là! » Je lui ai répondu, « mais que voulez-vous dire? » Il m’a dit «  elle a été bâtie là-bas », en pointant  au milieu de l’océan. Et quand j’ai regardé avec attention, j’ai vu une petite île, environ à 5 ou 6 miles. Je lui ai dit donc vous voulez dire qu’elle était sur cette île? Et il m’a dit oui, ils l’ont construite là-bas, ils l’ont mise sur un morceau de glace et ils l’ont fait flotter jusqu’ici! Apparemment ils faisaient ça ainsi et ça explique donc pourquoi je n’ai pas de sous-sol…

 

Q : Cette aventure davantage manuelle n’est pas étrangère à votre démarche musicale…

R : Ce que je me suis rendu compte, après 6 ou 7 mois, c’est que ce que je fais au plan esthétique concorde exactement avec ce que je fais musicalement : je prends des trucs qui sont très beaux et très vieux, qui ont duré pour les bonnes raisons et je les mélange avec des éléments contemporains, qui sont appropriés et qui complètent, mais qui retiennent la personnalité originale. Je ne veux pas en faire une maison Ikea! J’adore ça pour ce que ce c’est, mais je ne veux pas non plus en faire une maison archéologique. Je marie ça avec des éléments qui viennent la compléter et qui sont formidables. Donc c’est la même chose qu’avec la musique, mais je n’ai pas planifié ça, j’ai simplement constaté ça en cours de route. C’est en accord avec la ligne que vie que j’ai tracée…

 

 

 

Q : Avant la présente tournée, vous avez enregistré l’album Holly. Vous avez varié les plaisirs en confiant à d’autres une portion de la sélection du matériel ou en jouant avec des musiciens qui n’étaient pas vos complices habituels. Comment était cette expérience et en quoi ceci a rendu l’album particulier?

R : C’était très différent pour moi. J’avais à chaque fois réalisé ou co-réalisé mes derniers albums, mais cette fois, volontairement, je n’ai pas joué le rôle de réalisatrice parce que je voulais prendre de la distance et avoir quelqu’un qui me dise quoi faire. C’était très difficile, car je tends à m’impliquer dans tout : je fais les arrangements, le choix des chansons, les textes… Et mon groupe a une façon particulière de fonctionner. […] J’avais espoir que cette expérience me permette d’explorer [la musique] d’une autre manière, en particulier mon chant.

 

Q : Parlez-moi de l’apport du réalisateur Russ Titelman, qui a collaboré avec Eric Clapton, Randy Newman et Ricki Lee Jones…

R : Il m’avait choisi des chansons, mais j’ai tout de même fait la sélection [finale], donc je n’ai pas chanté des pièces que je ne voulais pas chanter. Par contre, il m’avait suggéré des chansons auxquelles je n’aurais pas pensé. Et très souvent, je rencontrais les musiciens pour la première fois : on se saluait et on enregistrait. Ceci veut dire qu’on s’est connu durant le processus d’enregistrement et que l’écoute était vraiment très forte les uns envers les autres. Russ Titelman a sélectionné un super groupe d’individus. Je suis contente que ça ait si bien fonctionné.

 

Q : Au fil des ans, vous n’avez pas hésité à chanter des pièces qui étaient, à l’origine, d’un autre style musical que le jazz. Qu’est-ce qu’une chanson doit avoir pour vous séduire?

R : Ce n’est pas suffisant d’être uniquement une bonne chanson, elle doit pouvoir me toucher au plan émotif. Et elle doit m’inspirer pour que je puisse la réinventer. Souvent, ça implique du sous-texte, car le sous-texte est mon meilleur ami. J’aime avoir le pouvoir de suggérer et je privilégie donc le « vouloir dire », plutôt que le « dire ». Le sous-texte est souvent plus fort, car il permet à l’individu d’explorer émotionnellement ce qu’il souhaite explorer et de penser à quoi touche la chanson. Ce que la chanson sera pour moi et la façon qu’elle me fera ressentir les choses sera différent de vous, de la personne à vos côtés et de l’autre personne plus loin…

 

 

 

Q : Le nouvel album touche à plusieurs couleurs. La sombre Lazy Afternoon, avec son intéressante orgue Hammond, est assurément différente du crescendo qu’est Ain’t That A Kick In the Head ou de la sensuelle Teach Me Tonight. C’était quelque chose que vous vouliez faire: toucher à ces différentes teintes pour ensuite avoir tous ces outils quand vous seriez sur scène?

R : Exactement. C’est intéressant que disiez cela, car vous pensez ça et vous avez raison : je songe beaucoup aux concerts. Certaines personnes n’y pensent pas, elles font l’album et se disent qu’elles verront plus tard quelle forme les choses prendront. Quand j’ai décidé de devenir chanteuse, c’était en premier la musique live qui m’a mené à devenir une chanteuse, pas les albums. J’ai été heureuse d’avoir un contrat de disque, bien sûr, mais je voulais chanter sur scène plus que tout autre chose. Je fais des albums pour pouvoir partir en tournée et non le contraire.

 

Q : Comment diriez-vous que votre chant a changé, des débuts à aujourd’hui?

R : C’est une question difficile. Votre relation avec votre instrument changera dès que ça deviendra votre façon de faire de l’argent. Aussitôt que je me suis mise à chanter pour gagner ma vie, j’ai dû chanter même quand ça ne me tentait pas. Auparavant, je ne chantais que lorsque j’en avais envie, ce n’était qu’uniquement de la joie! Personne ne me forçait à le faire quand je n’en avais pas envie. Mais vous savez quoi? Vous finissez par mettre votre attention pour que ça fonctionne : vous savez que c’est ce que vous aimez le plus faire au monde alors vous trouvez votre joie de cette façon. Et vous trouvez aussi votre joie véritablement en entrant sur scène. Quand j’entre sur scène, je découvre le visage –j’appelle ça « le visage »… Je ne sais pas comment sera le public, je ne sais parfois même pas comment sera la salle. Mais peu importe la grandeur de la salle, après quelques chansons, un visage m’apparaît. Ce n’est pas un âge, un sexe, une race ou quoi que ce soit, c’est ce que le public apprécie. Certains publics apprécient l’humour, certains apprécient les ballades intenses, d’autres aiment les pièces sombres, d’autres encore aiment le jazz pur et up tempo, et chaque public apprécie des trucs différents à des moments différents et ça rend chaque soir excitant pour moi; ça m’influence et ça influence tout le groupe. Ce que ça me rapporte, c’est un peu cliché, mais c’est tellement vrai : tout ce qu’ils me donnent, ils l’auront en retour directement, c’est certain. Tout est dans la communication avec l’auditoire.

 

Q : C’était clair pour vous dès le départ que vous vouliez avoir cette carrière dans le milieu du jazz?

R : Oui, absolument. Au départ j’ai commencé par le saxophone. Mais dans ma famille, tout le monde est musicien, alors nous chantons depuis que nous sommes enfants. […] Quand je suis allé à l’école musicale, à 19 ans, […] j’ai réalisé à quel point j’avais été chanceuse de grandir dans une famille musicale, parce que, pour de nombreux chanteurs, leur plus grande peur était leur propre voix : ils n’avaient pas confiance en leur voix. Pour moi, c’était quelque chose dont je n’avais jamais entendu parler. Comme je chantais depuis l’enfance, le principe d’avoir peur de sa voix n’était même pas concevable. J’avais donc une longueur d’avance sur les autres en raison de ce que j’avais vécu dans ma famille…

 

 

 

Q : Vous sentiez-vous « champ gauche » dans les années 80, à cette période où la musique électro et synthétique avait la cote?

R : Oui, absolument, vous avez mis le doigt dessus! Mais vous savez, quand vous avez 19 ou 20 ans, vous êtes invincibles si vous avez une passion et j’avais une profonde passion. Donc le fait d’être champ gauche ou d’être un mouton noir, ça me donnait du carburant! Je trouvais ça également excitant lorsque j’avais à chercher pour un album ou un CD qui m’intéressait. Au lieu qu’on me les pousse dans la gorge, je les cherchais…

 

Holly Cole

Le samedi 3 novembre 2018, à 20 h
Salle Raoul-Jobin – Palais Montcalm

Détails et billets au palaismontcalm.ca