3 mars 2026
Catégorie
Le Journal de Nicolas Houle
Types
Nouvelle
Écrit par : Alain Brunet
Il se trouve aujourd’hui une génération montante de mélomanes qui carburent à ce swing faste et luxuriant, conçu au siècle précédent soit des années 30 aux années 60. Laufey est probablement la mieux connue, mais il existe toute une frange de chanteuses néo-swing et la Canadienne Caity Gyorgy se présente comme la plus célèbre actuellement, en témoigne déjà un bosquet de trophées Juno remportés depuis le début de cette décennie.
Basée actuellement à Calgary, la chanteuse, autrice et compositrice a étudié à l’Université McGill d’où sa carrière a rapidement décollé.
Au Palais Montcalm le 12 mars prochain, Caity Gyorgy partagera un programme double avec la chanteuse française Gabi Hartmann, qui fait aussi dans un rétro inspiré d’autres référents que le Great American Songbook. Voilà un programme idéal pour l’auditoire de Québec rompu à cette tendance!
Voilà pourquoi PAN M 360 a voulu recueillir les propos de Caity Gyorgy à ce titre.
PAN M 360 : Vous avez enregistré cinq albums depuis 2019. Que présenterez-vous à Québec? Dans quelle configuration?
Caity Gyorgy : Je serai avec mon quartette à Québec. J’aime ce groupe de musiciens merveilleux. Je jouerai surtout la matière de mon dernier album Hello! How Are You? qui a gagné le Juno de l’album jazz vocal en 2025. Et nous avons un tas de nouveaux arrangements pour le quartette. Et parce que j’aime beaucoup la musique classique, j’ai commencé à faire ces arrangements de standards inspirés de musiques classiques. Par exemple, la chanson Baubles, Bangles and Beads de George Forrest et Robert Wright, écrite en 1953 pour le musical Kismet, vient en fait du deuxième mouvement du quatuor à cordes n°2 en ré majeur du compositeur russe Alexandre Borodine. Ce processus est fascinant!
PAN M 360 : Vous pigez régulièrement dans le Great American Songbook, ce qui est tout à fait normal pour votre approche.
Caity Gyorgy : Oui, mais je les ai réarrangées pour être fraîches et nouvelles, qui s’ajoutent à mes propres chansons originales.
PAN M 360 : Mark Limacher a signé les arrangements de votre récent album With Strings, sera-t-il avec vous sur scène à Québec?
Caity Gyorgy : Oui! Et il est un pianiste fantastique. Je dis toujours qu’il sonne comme un orchestre quand il joue et s’accompagne. Il possède un incroyable sens mélodique et harmonique. C’est très facile pour moi de jouer et de composer avec lui, et c’est pourquoi nous avons fait tout ce travail en duo, en quartette ou en formation avec cordes.
PAN M 360 : Son travail vous aide certainement à mener à bien votre matériel original.
Caity Gyorgy : Oui! Il me permet aussi de me concentrer sur les textes de mes chansons, car je suis passionnée par le travail de parolière. Ses mélodies et harmonies me jettent ce défi unique, je n’ai pas à m’inquiéter de la qualité musicale. Avant de venir à Québec, Mark et moi espérons trouver quelques heures pour continuer à écrire ensemble des arrangements supplémentaires pour notre passage à Québec.
PAN M 360 : Quel sera donc le répertoire présenté à Québec?
Caity Gyorgy : Je veux quand même garder la surprise, mais je vous dirais que je fais typiquement environ 70% de standards et 30% de mon propre matériel. Et j’essaie de tout mélanger afin que les gens pensent que mes propres chansons se confondent aux standards de Cole Porter, Frank Loesser, Jerôme Kern, etc. Au début de notre collaboration, pour notre premier album, Mark Limacher et moi, nous étions concentrés sur la musique de Jérôme Kern, nous avions adoré découvrir ses manières de façonner la mélodie et l’harmonie. Pour notre deuxième album, nous nous étions concentrés sur Frank Loesser, moins connu que Jérôme Kern, mais dont le lyrisme est tout simplement impeccable. Ses textes sont si intelligents et souvent drôles. Mark et moi avons pousuivi nos recherches sur les grands auteurs et compositeurs américains, nous venons tout juste d’enregistrer du matériel consacré à l’œuvre de Cole Porter, très différente de Jerome Kern ou Frank Loesser. Nous avons d’ailleurs débusqué quelques chansons intéressantes et pas très souvent jouées, comme You Irritate Me So que j’adore. Nous pourrions peut-être en interpréter à Québec!
PAN M 360 : Quand on écoute votre matériel original, on peut fermer les yeux et penser que cela aurait pu être composé en 1935, 1942, 1955… Les choix harmoniques, les arrangements, l’esthétique de l’orchestre, c’est très proche de l’esthétique du jazz vocal plus ou moins au milieu du siècle précédent.
Caity Gyorgy : Absolument. Quand Mark et moi créons, nous sommes inspirés par les grands arrangeurs, tels Don Costa qui avait beaucoup travaillé avec Eydie Gormé, une de mes chanteuses préférées. Aussi par Nelson Riddle, Pete Rugolo, Gordon Jenkins, Henry Mancini, Conrad Salinger, Neal Hefti, etc.
PAN M 360 : En quelque sorte, vous êtes devenue une authentique spécialiste de cette période!
Caity Gyorgy : Pas autant que Mark, qui aime ces musiques depuis l’enfance et qui m’a menée à aussi tomber en amour avec l’art de l’arrangement. Je me souviens avoir écouté des enregistrements quand j’avais, vous savez, 17, 18 ans, d’Ella Fitzgerald et autres grandes chanteuses, m’être consacrée entièrement à la recherche vocale. Aujourd’hui, je me trouve plus attirée par l’arrangement. C’est tellement fascinant!
PAN M 360 : Il est d’autant plus fascinant de voir une chanteuse de 27 ans revisiter un répertoire qui correspond à celui de vos grands-parents et ainsi attirer une nouvelle génération de mélomanes. Et vous n’êtes pas la seule à travailler ainsi, n’est-ce pas?
Caity Gyorgy : Laufey a gagné un Grammy, il y en a d’autres qui travaillent ainsi, comme Stella Cole qui rappelle Judy Garland et qui fut virale sur TikTok. Par TikTok et Instagram, des enfants, adolescents et jeunes adultes ont découvert ce style. Les médias traditionnels n’y sont pour rien.
PAN M 360 : Et pourquoi ces jeunes ont-ils embarqué?
Caity Gyorgy : Ces orchestres ne sont-ils pas encore merveilleux ? La bonne musique reste de la bonne musique, peu importe l’époque, de sa conception, peu importe si elle est jouée à la radio ou pas. C’est devenu une forme classique. Je sais bien que les médias sociaux ont beaucoup de défauts, ils ont néanmoins l’avantage de pouvoir lancer de nouvelles tendances, dont celle-ci qui n’a jamais vraiment disparu.
PAN M 360 : Voilà un signe des temps!
Caity Gyorgy : Exact, nous traversons une période où la musique baroque, la musique romantique ou prémoderne reviennent à la charge. Pour ma part, continuer à écrire des chansons originales est la preuve que je ne suis pas à 100% dans le passé. Et avec le récent album en particulier, l’album With Strings, nous avons fait un gros effort pour être nous-mêmes, tout de même originaux.
Et le feed-back au sujet de mes textes me semble toujours intéressant parce que les gens aiment vraiment certaines de ces chansons que je trouve incroyablement déprimantes et qui peuvent être difficiles pour moi de chanter à cause des événements réels qui y sont liés, comme la fin d’une relation amoureuse au terme de plusieurs années d’union. J’ai réalisé que les humains partagent des expériences tout en les ressentant personnellement et en racontant les choses d’une manière considérée comme universelle. Et donc intemporelle.
C’est ainsi que le public se rapproche de l’artiste, en liant ses propres traumatismes à des thèmes qui les évoquent dans les chansons. En tout cas, c’est ce que j’essaie de faire.