LéNo en continu, conversation piano-batterie, Brésil-Guadeloupe, ami-ami

14 octobre 2026

Catégorie Le Journal de Nicolas Houle
Types Entrevue
Écrit par : Alain Brunet

LéNo en continu, conversation piano-batterie, Brésil-Guadeloupe, ami-ami

Publié initialement par PAN M 360

LéNo est composé du batteur Arnaud Dolmen et du pianiste Leonardo Montana, respectivement originaires de la Guadeloupe et du Brésil, et qui vivent en région parisienne. Voilà un superbe dialogue en continu, des improvisations propices à la composition, des conversations sans cesse enrichies entre jazzmen des Amériques, autour du piano, de la batterie, mais aussi des voix humaines, de bribes de vocalises, de créole antillais ou de portugais brésilien.

PAN M 360 : Un enregistrement de 2024 met en relief votre dynamique piano-batterie, qui n’est pas courante. Dans le cas qui vous occupe, votre proposition est vraiment basée sur les rythmes afro-descendants des Amériques et le jazz moderne, mais aussi sur la parole. On entend parfois des phrases en créole, notamment. Il y a donc un mélange qui témoigne de vos propres vies, n’est-ce pas?

Arnaud Dolmen : Effectivement, c’est ce que nous vivons au quotidien. Comme vous l’avez dit, Leo est originaire du Brésil, moi de la Guadeloupe, mais nous vivons à Paris. Et à Paris, il y a un carrefour de cultures. Il y a des musiciens et des musiciennes incroyables venus du monde entier. Nous faisons partie de cette scène parisienne, avec fierté d’ailleurs. LéNo, c’est ça : une rencontre parisienne, mais aussi nos influences venues de l’enfance, et tout ce qui nourrit notre quotidien.

PAN M 360 : Comment vous êtes-vous rencontrés et de quelle manière cette relation s’est-elle construite? C’est-à-dire que vous avez certainement eu des affinités spontanées, mais de quelle manière cela s’est-il développé? Racontez-nous!

Leonardo Montana : Alors, on s’est rencontrés en 2010. Une chanteuse et compositrice, Charlotte Wassy, nous avait réunis pour monter son groupe. C’était dans une salle de répétition, comme il y en a beaucoup à Paris. C’est la première fois qu’on a joué de la musique ensemble. Et dès qu’on a commencé à jouer, on a senti une énergie commune, une envie de jouer beaucoup. Tout de suite, je pense qu’on a eu l’impression qu’on allait faire beaucoup de musique ensemble.

PAN M 360 : Ça fait quand même longtemps, c’est 16 ans!

Leonardo Montana : Oui, voilà. Et si je ne me trompe pas, vers 2014-2015, Arnaud a décidé de monter son groupe en quartet. J’étais très heureux parce qu’il m’en a parlé. Nous avons donc enregistré ensemble le premier album d’Arnaud. À un certain moment, un institut français à Londres a proposé à Arnaud de venir présenter sa musique, mais il n’avait pas vraiment le budget pour faire venir quatre personnes. Arnaud s’est alors dit : « Est-ce qu’on peut venir en duo? »

Il m’a proposé de venir avec lui pour jouer les mêmes morceaux du quartet, mais en duo. En préparant ce concert, nous avons découvert de nouvelles sensations de création, une nouvelle manière de pratiquer la musique à deux. Très vite, nous nous sommes rendu compte que c’était quand même un défi de jouer les morceaux du quartet en duo.

C’était une autre sonorité, mais il fallait essayer de restituer un son large, le plus large possible, et rester proche de l’écriture d’Arnaud. C’était tellement un plaisir de monter ce répertoire en duo, et aussi de jouer le concert, que nous avons eu envie de continuer comme ça.

PAN M 360 : De votre côté, Arnaud, quelle est votre perception?

Arnaud Dolmen : Cette rencontre, j’ai envie de dire que c’est une bénédiction. Léo est venu sur mon chemin et ça s’est connecté tout de suite. Il y a des choses, vous savez, qui arrivent dans la vie. Il y a eu la rencontre dans le groupe de Charlotte, puis cette contrainte budgétaire qui a fait que, comme j’étais au début de ma carrière en solo, je devais trouver une solution pour pouvoir présenter le projet.

Cette situation nous a permis de découvrir de nouvelles sensations en duo, de nouveaux sons. Nous avons ensuite pu faire des concerts. Des gens ont vu cela sur les réseaux sociaux. On nous a donné l’opportunité de poursuivre l’aventure avec le duo. Cela nous a inspirés à écrire des morceaux, puis à faire des résidences artistiques afin de réaliser un album et bientôt venir au Québec présenter ce projet.

C’est pour cela que je parle de bénédiction. Et puis Léo et moi, c’est vraiment une histoire d’amitié, de fraternité aussi, au-delà de la musique. La musique est le vecteur qui nous a réunis. Très rapidement, c’est devenu une véritable amitié. Ça a été presque spontané. Aujourd’hui, nous sommes sur le même chemin avec LéNo et nous sommes très heureux de cette collaboration et de ce groupe. Parce que c’est un groupe aussi, même si nous ne sommes que deux.

PAN M 360 : Le quartet est-il laissé de côté depuis que le duo fonctionne si bien?

Arnaud Dolmen : Non, le quartet est toujours là. Le dernier album que nous avons enregistré est sorti en 2022. On peut dire que c’est la fin du cycle pour cette matière, et je pense déjà à la prochaine. C’est vrai que le duo prend beaucoup de place en ce moment, et nous avons aussi l’occasion de le défendre sur scène.

PAN M 360 : Et l’album de LéNo est sorti en 2024, non?

Arnaud Dolmen : Oui, en 2024. Après la tournée du Québec, nous enchaînons avec une résidence en 2027 avec le duo. Nous avons donc beaucoup d’activités avec ce projet, et nous prenons tout cela avec beaucoup de gratitude.

PAN M 360 : C’est super lorsque les projets fonctionnent et qu’on obtient les moyens permettant la liberté de création et de recherche.

Arnaud Dolmen : Effectivement.

PAN M 360 : Alors vous allez nous présenter la matière de l’album sorti en 2024, matière sûrement modifiée puisque c’est du jazz et donc propice à la recréation en temps réel.

Leonardo Montana : L’enregistrement, c’est un moment de musique que nous avons partagé. Tout a été enregistré en direct dans la même pièce, exactement comme en concert. Nous sommes placés face à face, les instruments très proches les uns des autres. Chaque concert est donc un moment nouveau, un espace de création. On peut s’attendre à des moments de surprise, peut-être.

Nous découvrons même des choses sur nous-mêmes lorsque nous jouons, des choses sur soi et sur l’autre. Chaque fois que je joue avec Arnaud, il y a des éléments inédits dans son jeu de batterie. Très souvent, nous avons aussi des moments d’improvisation où des morceaux peuvent naître spontanément pendant un concert. Nous nous disions même que c’est dommage que certains concerts n’aient pas été enregistrés, parce qu’il y a eu de magnifiques moments et même de nouveaux morceaux que nous n’avons jamais rejoués.

PAN M 360 : Les improvisations étaient très bonnes, elles auraient pu ensuite être restructurées et devenir des compositions. Mais on n’enregistre pas tout…

Leonardo Montana : Oui, mais c’est aussi vrai que nous aimons ne pas nous accrocher au moment. Je pense que nous considérons chaque concert comme un moment à part. Nous avançons comme ça, petit à petit. Nous sommes toujours dans ce processus de spontanéité. Nous essayons d’être le plus possible dans le moment présent et de profiter de ce moment, de profiter de la salle telle qu’elle est, parce que chaque salle est différente.

Chaque instrument sur lequel nous jouons est différent. Contrairement aux saxophonistes, aux trompettistes ou aux chanteurs, nous ne jouons jamais sur nos propres instruments. Nous devons donc les redécouvrir à chaque fois. Ce duo-là, justement, réunit la batterie et le piano, deux instruments que l’on ne rencontre qu’une seule fois. C’est une histoire d’une nuit, chaque fois.

PAN M 360 : Oui, mais il y a des structures qui en ressortent. Lorsque vous avez enregistré cet album en 2024, il y avait des structures issues de l’improvisation qui se cristallisent tout de même en partie.

Leonardo Montana : Oui, il y a des compositions, il y a de l’écriture quand même! Ce n’est pas de l’improvisation totale en permanence. Mais l’interprétation change les choses à chaque fois. L’écriture peut être interprétée différemment d’un concert à l’autre. Et évidemment, sur chaque morceau, il y a beaucoup d’improvisation.

PAN M 360 : Parfait. Est-ce votre premier passage à Montréal?

Leonardo Montana : Avec le duo, c’est la première fois, mais j’ai déjà joué à Montréal dans d’autres contextes, avec la flûtiste Naïssam Jalal ou la batteuse Anne Paceo.

PAN M 360 : Et pourquoi LéNo? Leonardo pour le « Lé » et Arnaud pour le « No »?

Arnaud Dolmen : Oui! LéNo pour les intimes, comme j’aime bien le dire!

PAN M 360 : Merci beaucoup. Alors, bienvenue à Montréal en tant que tandem. Je pense qu’on va bien s’amuser à la fin du mois.

Arnaud Dolmen : J’espère que nous aussi, haha!

PAN M 360 : C’est l’idée, haha! Si vous ne vous amusez pas, nous non plus. Merci encore!

 

Photo : Aurélie Chantelly