Palais Montcalm

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Maison de la musique

26 mars 2019

Fatoumata Diawara : Les envolées musicales d’une artiste aux nombreux talents

Le journal de Nicolas Houle

Fatoumata Diawara - Les envolées musicales d'une artiste aux nombreux talents - Le Journal de Nicolas Houle

 

PORTRAIT — La lumineuse Fatoumata Diawara s’apprête à faire sa toute première halte à Québec. Celle qui a collaboré avec les Herbie Hancock, Dee Dee Bridgewater et autres – M – s’arrêtera au Palais Montcalm le 3 avril avec les titres de son récent album Fenfo, qui lui ont valu une nomination au récent gala des prix Grammy.

Née en 1982 dans un petit village du Mali, Fatoumata Diawara est initiée très tôt à la danse et à la guitare par son père. Si la danse est une grande passion pour elle, une seconde s’ajoutera par la suite : le cinéma. Confiée à l’une de ses tantes, elle se découvre en effet un intérêt et un talent certains pour le septième art et fait ses débuts alors qu’elle est encore adolescente. Repérée par le cinéaste Cheick Oumar Sissoko, elle se retrouve dans la distribution du film La Genèse, qui est primé au festival de Cannes. Puis, lorsqu’elle a 18 ans, elle joint la troupe du théâtre de rue le Royal De Luxe. « Je suis une immigrée, mais heureusement, j’ai eu la chance d’avoir deux papas exceptionnels, a-t-elle confié à RFI. Mon premier papa est Jean-Louis Sagot-Duvauroux, qui m’a adoptée de suite lorsqu’il m’a vue sur le plateau de La Genèse et m’a payé des études. Et puis, à mes 18 ans, j’ai eu le directeur du Royal De Luxe, qui m’a dit : « Ok, tu as vécu au Mali. Maintenant, il faut que tu voyages, que tu t’émancipes en tant que femme. Tu as trop de talent pour rester dans un environnement où il y a trop de poids sur toi. » »

 

 

Comme si ses talents de danseuse et de comédienne ne lui suffisaient pas, Fatoumata Diawara apprend aussi à s’exprimer par l’entremise du chant. Sa voix est loin de passer inaperçue : plusieurs artistes bien connus font en effet appel à ses services. Herbie Hancock, Afrika Express (Damon Albarn), Bobby Womack, Dee Dee Bridgewater, Oumou Sangaré ou encore Roberto Fonseca sont du nombre. Nick Gold, grand manitou de l’étiquette World Circuit, qui a notamment été derrière le Buena Vista Social Club, la remarque et produit son premier album, simplement intitulé Fatou, en 2011.

 

 

Matthieu Chedid, alias – M – fait partie de ceux qui sont tombés sous le charme de Fatoumata Diawara. Il n’hésite pas à la recruter pour son projet africain, Lanomali, et la complicité est telle entre eux que la chanteuse en fait le réalisateur de son deuxième album, Fenfo (2018). Ensemble, les deux complices mettent de l’avant une musique à la fois respectueuse des traditions maliennes (on y entend kora ou n’goni) et à la fois profondément ancrée dans la modernité, avec des guitares électriques et des éléments électroniques. La chanteuse, pour sa part, s’y exprime uniquement en bambara, à l’exception du titre Ntereni, qui compte quelques mots d’anglais. Fenfo s’est mérité une nomination aux prix Grammy comme meilleur album de musique du monde.

 

 

Bien que les chansons de Fenfo soient dynamiques et que certaines puissent afficher, avec leurs accents pop, une certaine légèreté, le propos qui est derrière n’a rien d’innocent. Depuis toujours, Fatoumata Diawara, qui a dû fuir un mariage forcé, prend position sur différents sujets politiques ou sociaux. Cette fois, elle traite de l’identité africaine, du sort des migrants ou encore de l’interdiction des mariages entre différentes ethnies. « Il y a toujours un message derrière mes chansons, même si cela paraît banal, a-t-elle affirmé à RFI. Dans Kokoro, quand je dis : « Ma sœur, arrête de t’éclaircir la peau avec des produits chimiques pour ressembler aux blancs. Ma sœur, arrête de te couvrir la tête pour ressembler aux Arabes », ce sont mes douleurs. Ce sont mes inquiétudes en tant que femme africaine. »

Fatoumata Diawara sera de passage au Palais Montcalm le 3 avril 2019, à 20 h, en compagnie de quatre musiciens.

 


Un texte de Nicolas Houle. Publié le 26 mars 2019.

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