Orchestre symphonique de Québec La journée "40e de Mozart"

29 avril 2020

Catégorie Le Journal de Nicolas Houle
Types Liste d'écoute, Programmation
Écrit par : Francis Patenaude

La journée

Une salle Raoul-Jobin comble aurait applaudi ce soir l’Orchestre symphonique de Québec, son chef Fabien Gabel et le violoncelliste Blair Lofgren. Malgré le confinement, rien ne nous empêche de découvrir les œuvres qui étaient au programme, avec la Symphonie n° 40 de Mozart en vedette. 

Les notes présentées avec chaque vidéo ont été rédigées par Bertrand Guay. Elles apparaissaient dans le programme qui aurait été remis en salle.

 


Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Symphonie n° 40

L’histoire de la Quarantième demeure entourée de mystère mais, depuis peu, celui-ci commence à s’éclaircir. On ignore toujours les circonstances exactes de sa composition : on pense qu’elle était destinée à un casino nouvellement inauguré ou à une série de concerts d’abonnement qui n’auraient pas eu lieu. En revanche, alors qu’on a longtemps cru que Mozart n’avait jamais entendu cette symphonie, voilà que des recherches récentes ont démontré le contraire. Une lettre retrouvée nous apprend en effet que la symphonie fut exécutée chez le baron van Swieten, grand promoteur de musique en général et de Mozart en particulier. D’après ce document, il semble que cette exécution n’ait pas été tout à fait au point, car le compositeur préféra quitter la pièce avant la fin. D’autres exécutions, toujours du vivant de Mozart, dont une dirigée par Salieri en avril 1791, ont aussi vraisemblablement eu lieu. Plus significatif encore, Mozart retoucha l’œuvre à laquelle il ajouta des parties de clarinettes. On sait que les frères Stadler, deux clarinettistes amis de Mozart (en particulier Anton, à l’intention duquel fut composé le Concerto pour clarinette, K 622), participaient au concert d’avril 1791. Il est possible, sinon plausible, que ce soit pour eux que les clarinettes aient été ajoutées.

Un texte de Bertrand Guay (OSQ).

Le premier mouvement s’ouvre par un thème à la fois expressif, tourmenté et sombre. On a vu dans la détresse qui s’en dégage l’expression de la douleur du compositeur à la suite de la mort d’une de ses fillettes. Un sursaut de révolte conduit au second thème, plus capricieux et suivi de modulations à des tonalités étonnantes pour l’époque. L’ensemble du mouvement semble trahir à la fois une douleur profonde ainsi qu’une lutte acharnée pour la vie. 

L’Andante est retenu et délicat, mais son lyrisme intime s’avère d’une grande sensibilité. Ce mouvement possède une grâce toute viennoise, qu’incarne presque à elle seul une très brève cellule rythmique de deux triples croches légèrement saccadées qui revient tout au long de la pièce. Telle une balise auditive, cette cellule se pose littéralement en fil conducteur planant élégamment au-dessus du chant des instruments.

Loin de ses habituelles tournures courtisanes, le célèbre Menuetto a des allures quasi désespérées, exprimant ce qu’on pourrait assimiler à un sursaut de révolte. Les rythmes heurtés et syncopés du thème principal déstabilisent d’abord l’auditeur, en créant une espèce de « trompe l’oreille », où la mesure semble à deux temps, alors que la métrique est rigoureusement ternaire. Avec ses vents, et notamment ses cors, le trio (nom donné à la section centrale, caractérisée par le contraste) apporte un instant de lumière à ce mouvement chargé de tension – mais combien inspiré. 

Enfin, l’Allegro assai final se présente comme une haletante course à l’abîme où l’angoisse ne connaît guère de répit. Il s’agit là d’un des mouvements les plus dramatiques de toute la production mozartienne. Observez combien les basses s’agitent en maints endroits. Ici et là, une brève accalmie semble vouloir apporter un instant de répit, mais très vite, la fuite échevelée reprend ses droits. 

Un texte de Bertrand Guay (OSQ).

Ludwig Thuille (1861-1907)

Ouverture romantique

Ludwig Thuille est né à Bozen, en Autriche, appelée Bolzano depuis l’annexion d’une partie du Tyrol par l’Italie en 1919. À 11 ans, l’enfant perd ses parents et est adopté par une riche veuve qui voit à sa formation musicale. En 1867, elle l’emmène à Innsbruck, où le jeune homme fait la connaissance de Richard Strauss, alors âgé de 13 ans, qui restera son ami.

Thuille partage sa carrière entre l’enseignement et la composition, domaine dans lequel il se révèle peu novateur. Il écrit quelques opéras, dont Lobetanz qui, en dépit d’un livret médiocre, remporte un réel succès dans plusieurs théâtres d’Europe et jusqu’à New York. Il compose également diverses oeuvres symphoniques et de nombreux lieder. C’est toutefois dans le domaine de la musique de chambre, genre assez peu pratiqué par ses contemporains, qu’il se montre le plus original. Pédagogue recherché, il laisse également un important manuel d’harmonie, Harmonielehre, largement diffusé dans les conservatoires et écoles supérieures de musique durant plusieurs décennies dans les pays germaniques. Thuille meurt prématurément, le 5 février 1907, d’une insuffisance cardiaque à l’âge de 45 ans.

Son Ouverture romantique remonte à 1896; elle est le fruit d’un projet ambitieux, soit son tout premier opéra, Theuerdank, dont la musique s’inspire des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner. Conscient des faiblesses de l’ouvrage (essentiellement dues, il est vrai, à un texte maladroit), Thuille se garda bien de le publier après sa création en 1897. Toutefois, il en détacha l’ouverture et lui donna le titre de « romantique ». Cette page emportée et passionnée trahit à la fois les influences de Wagner et de Strauss. 

Un texte de Bertrand Guay (OSQ).

Edward Elgar (1857-1934)

Concerto pour violoncelle

C’est avec des marches et des polkas écrites pour l’orchestre des gardiens d’un asile d’aliénés que s’amorça la carrière du plus grand représentant de la musique victorienne, Edward Elgar (1857-1934). Cette expérience, en apparence banale, persuada le jeune musicien qu’il avait l’étoffe d’un compositeur. Dès lors, il exerça ses talents dans tous les domaines, que ce soit la symphonie, le concerto, l’opéra, sans oublier la musique chorale, dont les Anglais ont toujours été d’avides consommateurs, ainsi que la musique militaire parmi lesquelles figurent les célèbres marches Pomp and Circumstance

L’Angleterre tarda pourtant à reconnaître en ce musicien catholique le « plus digne successeur de Handel », mais ses triomphes répétés à l’étranger lui valurent réparation : en 1904, il fut anobli et reçut coup sur coup quatre doctorats honoris causa. Bien que moins productif dans ses dernières années, il n’en composa pas moins, en 1931, une gentille Nursery Suite à l’intention des filles du duc d’York – dont l’aînée allait devenir la reine Elizabeth II. 

Un texte de Bertrand Guay (OSQ).

Elgar a laissé deux concertos relativement célèbres : une austère partition pour violon et surtout ce splendide ouvrage pour violoncelle, dont la composition remonte à 1919. L’oeuvre compte quatre mouvements; le premier s’ouvre sur un récitatif de l’instrument soliste, où l’orchestre n’intervient que très discrètement. S’y enchaîne un Moderato où est immédiatement énoncé le magnifique thème principal, chargé de mélancolie. Le soliste se laisse emporter par une passion qui se communique immédiatement à l’ensemble, qui retombe bientôt dans la gravité. La suite demeure dans une quasi constante introspection. Le violoncelle entremêle son vague à l’âme à celui de l’orchestre formant un tissage serré; dans la brève cadence, il s’amuse par moments à imiter la guitare. Sans transition, on passe au fugitif deuxième mouvement, marqué Allegro molto, et qui file à toute allure. Égrenant obstinément des doubles notes rapides, le violoncelle se tient presque sans déroger dans la nuance piano, ce qui confère à ce bref épisode une allure de scherzo. Suit un bel Adagio, répit sentimental avant un solo de type récitatif qui conduit directement au finale, mouvement élaboré, animé et spirituel. Nouvelle introspection du violoncelle, qui débouche sur un rappel de l’Adagio, avant qu’orchestre et soliste ne se précipitent vers la concise et brillante conclusion. 

Un texte de Bertrand Guay (OSQ).

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